Subjectivité psychanalytique (Christian Nots)
Subjectivité d’Etat et Subjectivité psychanalytique subversive
Christian Nots
A l'occasion du procès de Théodore Reik, docteur en psychologie et membre de la Société Psychanalytique de Vienne, pour exercice illégal de la médecine, S. Freud va plaider, au travers de son livre « La question de l'analyse profane », pour la cause d'une psychanalyse singulière et indépendante : indépendance vis-à-vis de la médecine qui cherche à l'annexer comme ce fut le cas pour l'hypnose, mais aussi indépendance vis-à-vis de la religion, des sciences occultes, de la sorcellerie, des pouvoirs publics, de l'Etat... Aujourd'hui, cette question de l'analyse profane ou laïque (Der laienanalyse) est plus que jamais d'actualité et mérite un travail de réflexion analytique, afin d'affiner et de prolonger ce démarquage entre ses singularités subversives et ce (ça) qu'elle n'est pas.
SUBVERSION DE LA PSYCHANALYSE FACE AU POUVOIR RELIGIEUX
Le prêtre est un homme sacré qui utilise un cadre liturgique (système de rites) rigidifié et déconscientisé et un cadre subjectif opaque (sa foi), peu conscientisé et donc peu sémantisé ; dans ce sens, la religion actuelle est une religion de Dieu et non une religion de l'homme.
A l'opposé, si l'on se risque à une comparaison difficile avec l'analyste, celui-ci utilise doublement un cadre appelé aussi setting ou baquet analytique - avec des invariants de temps, de rythme, d'assertivité symbolique, de transfert, de contre-transfert (...) qui sont consciemment gradués par l'analyste en fonction du travail de déconstruction et de reconstruction intra-subjective de chaque analysant - et un cadre intra-psychique et poly-topique, constitué par son relief identitaire symbolique qu'il a suffisamment conscientisé, apuré et ordonné - notamment dans le cadre d’une psychanalyse didactique millimétrique et approfondie -, qui lui permettent de sentir et de contre-transférer des interprétations vers l'analysant : clairement, on peut dire que le travail de l'analyste est axé sur la re-subjectivation de l'analysant.
Dans un travail beaucoup plus confus et désordonné, le prêtre, pour terminer cette comparaison originale, est axé certes sur une certaine subjectivité mais il s'agira là d'une subjectivité divine plus opaque et beaucoup moins fonctionnelle qui s'inscrit plus dans une illusion désubjectivante que dans un travail identitaire de déconstruction et de reconstruction réel et précis : le psychanalyste n'est donc pas, et ne doit pas être, un homme sacré.
SUBVERSION DE LA PSYCHANALYSE FACE AU POUVOIR INTELLECTUEL
Effectivement, l'analyste est souvent un érudit qui doit étudier de nombreuses disciplines où peut se nicher de l'inconscient car l'inconscient à décrypter n'est pas que corporel, il est aussi cognitif et socio-écologique. Pour le dénicher, l'analyste doit fureter panoptiquement et garder un œil critique et lucide sur les sciences cognitives, la sociologie, les sciences religieuses, les sciences politiques, les sciences historiques ou les sciences juridiques. Cependant, ses connaissances intérieures, issues d'un travail avancé sur son inconscient et sur lui-même, fonderont toujours prioritairement son identité et sa fonction d'analyste, bien plus que ses connaissances intellectuelles. D'ailleurs dans sa pratique, si sa raison et son intellect envahissent le processus analytique, la cure deviendra iatrogénique et renforcera dangereusement les résistances de l'analysant... et de l'analyste.
Pour conclure, on pourrait parler ainsi de la subversion de la secondarité du savoir analytique.
SUBVERSION DE LA PSYCHANALYSE FACE AU POUVOIR MEDICAL
Je pense, qu'après avoir développé les deux premiers dangers qui guettent l'analyse pour l'étouffer ou pour la stériliser, le risque de dilution par l'institution médicale intervient hiérarchiquement ensuite.
J'ai plusieurs médecins en analyse, et je peux affirmer sans crainte et sans compter qu’ils sont des individus brillants rationnellement mais peu intelligents subjectivement par le fait qu'ils symbolisent généralement peu et difficilement. Il est intéressant d'observer que les études et la formation médicale sont essentiellement fondées sur un savoir intellectuel et technique où l'inconscient, l'identité et la subjectivité n'ont strictement aucune place.
Ainsi, pour accéder à la fonction du psychiatre et au CES de psychiatrie, les médecins doivent compléter leur formation par trois années de stage dans une institution psychiatrique suivies de cours universitaires, essentiellement orientés sur la psychopathologie et la pharmacologie psychiatrique, puis finalisées par la présentation d'un mémoire.
Toujours au sujet de la psychiatrie, il est important que la psychanalyse s'en démarque aussi pour plusieurs autres raisons majeures : tout d'abord, le diagnostic psychiatrique a une critérisation essentiellement de tradition béhaviouriste en s'appuyant sur une sémiologie préférentiellement comportementale (D.S.M. IV et C.I.M. 10) ; a contrario, l'évaluation psychanalytique du patient est une évaluation qui se réfère globalement autant à une sémiologie représentationnelle interne qu'à une sémiologie comportementale. La psychiatrie n'utilise quasiment pas cette sémiologie de l'identité intra-psychique où sont évaluées simultanément la conscience et la qualité des représentations corporelles (qualité émotionnelle par exemple), des représentations cognitives (qualité communicationnelle, capacité de symbolisation...) et des représentations socio-écologiques (conscience et richesse relationnelle par exemple...) ; contrairement à la médecine psychiatrique qui travaille surtout dans le moi, l'analyste travaille donc à équidistance de la surface du moi et de la profondeur du ça.
Une autre différence notoire se trouve dans l'action dynamique de l'acte analytique qui s'oppose structurellement à l'action passive de l'acte psychiatrique : le médecin psychiatre va chercher principalement à stabiliser le malade par l'action de molécules chimiques, qui agissent seulement sur certains neurotransmetteurs. Ainsi, les psychotropes, avalisés par la « méthode expérimentale technocratique », elle-même associée à la rentabilité financière de l’industrie psychiatrico-pharmaceutique et à « l’efficacité » iatrogénique de la psychiatrie biologique, semblent apparaître comme une catastrophe démocratique et sanitaire. Dailleurs, les pychotropes sont peut-être « tellement efficaces » parce que la psychiatrie biologique et l’industrie pharmaceutique, qui cherchent toujours laborieusement et obsessionnellement des « signatures biologiques » (mais non-identitaires… bien sûr !) aux maladies mentales, ont réussi à convaincre tout le monde qu’ils le sont… Accessoirement, le psychiatre fait aussi un diagnostic. A contrario, le psychanalyste va chercher à mobiliser l'identité et la symbolisation de l'analysant, mais sans tomber non plus dans l'orgueil thérapeutique du discours médical.
Avant de finaliser ma démonstration, je veux revenir sur un truisme, ou plutôt sur une tautologie qui a cours sur le concept de guérison en médecine et implicitement en psychiatrie, où le concept de guérison psychiatrique (…) est amalgamé confusément et injustement à une sorte de « guérison psychanalytique » ! (heureusement interprété par les analystes freudiens comme fantasme de guérison) ; en effet, le concept de guérison en médecine psychiatrique est un concept extrêmement normopathique, voire salonnard, imprégné des normes béhaviouristes d’une bonne adaptation socio-technocratique, des « normes étatico-addictives d’une bonne soumission psychotropique moléculairement correcte » et des « normes civiques d'une bonne cohérence sociétale républicainement correcte » ; là aussi, la psychanalyse est « intégralement » différente.
De plus, la psychanalyse a forgé un concept beaucoup plus élaboré sur le processus dynamique et circulaire de santé (dépassant ainsi la pseudo-notion statique et virtuelle de guérison en psychiatrie) avec la notion heuristique de génitalité qui définit une orientation dynamique et intentionnelle de la personnalité vers un fonctionnement identitaire souverain (dans le moi mais aussi et surtout dans le… soi !), conscient et régulièrement actualisé sans se référencer excessivement à une « bonne » socialisation technocratique et... étatogénique.
SUBVERSION DE LA PSYCHANALYSE FACE AU POUVOIR ETATIQUE
Au-delà de ces hiatus indépassables entre médecine technocratique/médecine psychiatrique et psychanalyse, sourdent les problématiques circulaires encore mal analysées des institutions et de l'Etat, car si la psychanalyse se soumet à l'institution, j'entends par là l'institution d'Etat, elle va immanquablement devoir se stériliser en obéissant à un ordre étatique (d'où émanent les pulsions politiques, les pulsions de pouvoir et les pulsions étatiques si peu compatibles avec la conscientisation du ça ou du soi du citoyen), à un ordre institutionnel (la « sécurité sociale » !), à un ordre universitaire (avec le risque que l'analyse devienne uniquement un savoir étatique exclusivement rationnel ou intellectuel et donc bêtifié et fragmenté...), à un ordre pédagogique (qui pourrait altérer la singularité de la transmission psychanalytique fondée essentiellement sur l'analyse personnelle et sur l'intégration avancée de l'inconscient de l'élève-analyste), à un ordre sanitaire (la « santé mentale » par la « linéarisation » des neuro-transmetteurs…), à un ordre épistémologique (qui orienterait les recherches psychanalytiques sur des thèmes « scientifiquement intéressants » et « étatiquement autorisés »), à un ordre moral (la moralité de nos sociétés guerrières contemporaines...) ou à un ordre religieux (les « diableries » de l’Etat chrétien contemporain !….).
Dans tous ces cas, les risques qui pourraient invalider la psychanalyse seraient de dissocier du questionnement psychanalytique incessant, certaines parties de l'inconscient devant rester politiquement impensées : je pense là à l'inconscient institutionnel, à l'inconscient militaire (avatars circulaires du colonialisme, nouvelles formes furtives de terrorisme d'Etat, méta-colonialismes contemporains, etc.), à l'inconscient pédagogique, à l’inconsient cognitif, à l'inconscient scientifique, à l'inconscient religieux, à l'inconscient politique, à l'inconscient juridique (supra-légalité et extra-judiciarité de certaines institutions d'Etat), à l'inconscient social, à l’inconscient psychiatrique (pensons là aux parquages financièrement délectables et humainement délicieux de nos cliniques psychiatriques « nationales », structurées essentiellement par des « soins » d’incarcérations couplés à des méthodes de sur-psychotropisations…), à l'inconscient culturel...
J'ajoute aussi, que ces risques de neutralisation ou de disqualification de la psychanalyse, fomentés subtilement par les pouvoirs étatiques ou fédéraux, sont en train de se produire, notamment en France qui a une psychanalyse bouillonnante, très créative et… sulfureuse sur le plan de ses recherches actuelles. D’ailleurs, on peut la considérer aujourd’hui comme la meilleure du monde par rapport à ses sujets de recherche (cités précédemment) qui sont déjà à des stades d’élaboration très avancés.
De plus, il est stimulant de noter que dans certains pays (comme au Brésil ou aux Etats-Unis), ces phénomènes très subtils de censure rampante ont déjà eu lieu (mais qui ont heureusement avorté).
La psychanalyse ne doit donc pas se transformer en bicyclette à poissons (phénomène qui a commencé à s'orchestrer clandestinement sous l'action de certains médecins et psychiatres, de groupes lacaniens ou d'universitaires travaillant quelquefois à la double solde de leur institution mais aussi de l'Etat) et doit continuer à rester incessamment vigilante par rapport à toute inféodation systémique.
Le risque de cléricature institutionnelle demande aussi une autre réflexion analytique toute particulière : comment de « vrais professionnels » de l'inconscient (ce qui veut dire implicitement qu’il y a de « faux professionnels » de l’inconscient…) peuvent-ils demander la reconnaissance sociale de la profession sans en avoir au préalable analysé tous les risques majeurs inhérents à l'institutionnalisation de la psychanalyse ?
Par exemple, l'inféodation de la psychanalyse à l'assurance maladie (prosaïquement appelée sécurité sociale...), pourrait la conduire à un contrôle insidieux de sa pratique par le biais d'une nomenclature (!) de soins (!) et aboutir à un « psychanalytico-tourisme » de pseudo-analysants qui n'auraient plus à sortir un sou... ni à symboliser, phénomène bien connu dans le phénomène occulté du « tourisme médical de la psychiatrie étatique » qui aboutit aux effets pervers que les patients sont essentiellement psychotropisés sans réellement suivre un réel travail identitaire profond d’ordre psychologique ou psychanalytique…. Ou encore son inféodation aux normes socio-culturelles (par exemple la « Reconnaissance Officielle d’Etat ») pourrait à terme assécher ses questionnements socio-psychanalytiques les plus heuristiques (sur l'œdipe sociétal par exemple).
Je pense que tout désir (ou pulsion) de cléricature institutionnelle peut être interprétée comme une pathologie identitaire non symbolisée chez les analystes qui se trouvent ouvertement et pseudo-consciemment dans cette demande : pour être plus précis, on peut interprêter cela chez de nombreux citoyens et chez de nombreux professionnels de la santé (notamment chez la plupart des psychanalystes lacaniens) comme « le déplacement réificatoire et incestueux d’une problématique paternelle infantile totalement clivée (ou d'un désir interne diabolisé et désœdipianisé de l’inconscient paternel), issue originellement de leur Œdipe individuel non régulé dans une double position inconsciente d’angélisation du père étatique (ou du père institutionnel) et de diabolisation de leur narcissisme-mère dans leur Œdipe sociétal adulte.
Cette problématique paternelle très douloureuse et non résolue résulte de la confusion grave occasionnée par un père en façade présent physiquement mais absent mentalement (soit par maladie mentale non diagnostiquée ou non identifiée comme telle par les proches ou soit par immaturitéé générale). Les symptômes qui en découlent s’apparentent à un fort désir « réifié » et très pathologique de reconnaissance, de transmission, de filiation « préférentielle », de légitimité sociétale excessive, d’interdit, d’amour obsessionnel des « pères », etc.
Ce qui veut dire que risquer une institutionnalisation de la psychanalyse équivaut à institutionnaliser et surtout à étatiser le désir... Est-ce bien compatible avec une évolution réelle de la psychanalyse ?
Ainsi, derrière l'institutionnalisation de la psychanalyse, se cache son étatisation qui risquerait à terme de ralentir, de diluer ou même d'empêcher, dans le futur, de fructueuses recherches encore non-réalisées dans la continuité de Freud sur la psychanalyse de la guerre, sur la psychanalyse du pouvoir étatique (frère incestueux réifié du père historique !), sur la psychanalyse de la mondialisation, sur le décryptage psychanalytique des nouvelles aliénations identitaires de masse perpétrées par les pouvoirs techno-étatiques contemporains… La liste est loin d’être close et bien d’autres phénomènes socio-systémiques sont à mettre sur le divan !
sUBVERSION de la psychanalyse face aUX normopathieS OCCIDENTALES
La psychanalyse est la seule entité de recherche qui ait cette capacité de remise en question de l'inconscient au sens large. Elle a ainsi pour vocation de déconstruire et quelquefois de « profaner » (dans le sens de l'étude des grandes tautologies culturelles non définies et collectivement admises) toutes les normes pathogéniques et tous les dispositifs phalloïdes qui aliènent la conscience représentationnelle des citoyens et qui étrillent la symbolisation de l’ensemble de l’espèce humaine actuelle. Ces dispositifs phalloïdes peuvent être des idoles religieuses, des croyances idéologiques, des mystifications culturelles ou des méga-chevaux de Troie systémiques (comme la mondialisation économique) qui se cachent souvent derrière les masques brillants de la science, de l'amour, de l'humanitaire, du patriotisme, du nationalisme, du mondialisme ou tout bonnement de Dieu.
Il appartient à la psychanalyse de préserver cette fonction critique, heuristique et fertilisante.
sUBVERSION democratique de la psychanalyse
J'ai le sentiment que Freud, dans ses écrits, cherchait profondément à aider l'ensemble des individus, c'est à dire le peuple. Il n'a pas inventé la psychanalyse pour une élite ; d'ailleurs, ses écrits ne sont pas ésotériques et restent très largement accessibles, ce qui n'est pas le cas par exemple, pour Jung ou pour Lacan.
Dans le même sens, on retrouve ce décalage très net qui oppose le sens démocratique de la psychanalyse avec la désubjectivation peu démocratique de la pratique psychiatrique actuelle, avec la pseudo-narcissisation oligarchique du lacanisme franco-français ou encore avec l'ésotérisme élitiste (rituel et sémantique) de la religion catholique.
Cette volonté démocratique de la psychanalyse initialisée par Freud, positionne une fois de plus très différemment la psychanalyse par rapport à la pratique psychiatrique et par rapport à la pratique religieuse et il est souhaitable, au vue de l'actualité sociale contemporaine, de garder, voire même de développer cet esprit éthique particulier à Freud.
sUBVERSION atopique et sUBVERSION panoptique de la psychanalyse
Je voudrais conclure sur deux aspects majeurs de la subversion psychanalytique qui m'apparaissent les plus significatifs : la subversion atopique et la subversion panoptique de la psychanalyse.
Il est aujourd’hui urgent, pour nous psychanalystes, de conscientiser et d’analyser profondément et finement notre pulsion de destruction à l'encontre de notre jeune psychanalyse pourtant initialement atopique, voire dystopique sur les plans historiques, politiques, institutionnels et étatiques afin d’arrêter de banaliser nos clivages professionnels, afin d’endiguer la mort progressive de notre subjectivité et afin de conscientiser définitivement les réalités du monde guerrier et halluciné dans lequel nous vivons actuellement !
Il est temps aussi pour nous d’assumer le statut originellement subversif et humaniste de la psychanalyse afin de nous engager définitivement à la protéger et à la faire évoluer au travers des nombreux pièges internes (les nôtres en tant que ceux de notre inconscient notamment paternel) et au travers des nombreuses séductions externes qui cachent, sous les habits « kitsch » de la République, (Sécurité Nationale, Sécurité Extérieure, Ordre Public avancé, Raison d'Etat extra-judiciaire, Démocratie autoritaire, latrie de l'Etat, pseudo-légalité constitutionnelle, vertu patriotique, droiture « organisationnelle », pharisaïsme judiciaire, idéologie « hyper-sécuritaire », etc.), le « pouvoir d’Etat le plus noir » en tant qu'organisateur carcéral et occlusif du désir symbolique des citoyens et de l'identité profonde des peuples.
Il nous appartient donc de maintenir ouvertes aujourd'hui plus que jamais ces questions fondamentales soulevées par Freud sur les singularités subversives de la psychanalyse et sur le respect de l’analyse profane, quand on sait que les Etats technocratiques actuels emploient, depuis peu, des psychologues et des psychiatres pour générer une nouvelle forme de guerre « grise » ou « psycho-toxique » qu'ils appellent techniquement guerre psychologique ou très récemment « guerre cognitive », avec des techniques extrêmement sophistiquées d'hétéro-dépersonnalisation collective et de dénarcissisation de masse.
Finalement, nous devons prolonger, fertiliser et actualiser sans cesse cette vigilance pour veiller à l'autonomie de notre pratique analytique afin de préserver cette non-place atopique et finalement très subversive, inhérente à elle-même. Cette veille panoramique et incessante que j'ai appelée subversion panoptique de la psychanalyse et cet atopisme singulier doivent permettre d'éviter toute contamination ou tout rapprochement diluant de la psychanalyse avec des systèmes scientifiques, religieux, institutionnels, étatiques, universitaires ou socio-politiques qui pourraient induire des dissociations et des cryptages au cœur même du travail analytique.
L’IMPLANTATION DES FAUX SELFS IDEOLOGIQUES D’ETAT DANS LE PSYCHISME DES CITOYENS
Christian Nots
Au niveau du relief symbolique des citoyens et de leurs sources identitaires internes (de leurs Selfs), ce phénomène correspond à une implantation furtive d'un « set » de faux Selfs idéologiques inconscients fait de thèmes symboliques d'Etat et de normes culturelles « salonnardes », macro-planifiées et sur-médiatisées obsessionnellement et intentionnellement par certains gouvernements pseudo-démocratiques très pervers ou profondément psychotiques. Ces gouvernements cherchent ainsi à formater l'opinion publique et la culture populaire pour imposer à l'ensemble des citoyens une pensée unique, une cognition dédialectisée et schizoïde et une hypersensibilité collective sélectionnée et « consciencieusement » focalisée (Insécurité par exemple), tout en renforçant les anciens instruments gouvernementaux de domination, traditionnellement axés sur les traditionnelles coercitions militaires, guerrières, institutionnelles, judiciaires et culturelles.
Cette nouvelle politique neuro-idéologique des Etats vise à installer des formes de domination charismatique et de domestication civique beaucoup plus performantes, beaucoup plus furtives et centrées sur des processus complexes de colonisation cognitive et de contractions pathologiques de la conscience des citoyens. La finalité gouvernementale de ces processus sulfureux est d'unifier une « emprise étatique aboutie ou finale » sur les citoyens en systématisant moléculairement leur hétéronomie identitaire et cognitive tout en globalisant molairement leur domestication sociétale.
Après les deux millénaires d'aliénations théologico-guerrières qui ont étrillés l'Europe jusqu’à la révolution française et après les deux siècles d’aliénations militaro-nationalistes qui ont débutées radicalement avec les guerres napoléoniennes (militaro-nationalismes qui par ailleurs sont déjà dépassés et qui sont en train de muter aujourd’hui en national-impérialisme américano-européen avec ses nouveaux mythes impérialogéniques de la mondialisation nucléaire, militaire, gouvernementale, panoptique, informationnelle, monétaire, hypersécuritaire, policière, fiscale, spatiale, culturelle, vaccinale, bactériologique, anti-terroriste...), nous assistons aujourd’hui à une nouvelle colonisation inattendue, non plus de nature religieuse et militaire mais de nature cognitive, qui vise à usiner autoritairement et furtivement les territoires mentaux des citoyens de la planète avec l'implantation prescrite et indolore de nouvelles prothèses neuro-impériales de désubjectivation de masse concentrées sur les sports par procuration, sur la markétisation touristique de la nature, sur les nouveaux pseudo-loisirs technocratiques, sur les jeux sous toutes leurs formes, sur l'insécurité globale (urbaine, routière, pédagogique...) et sur la pseudo-incompétence démocratique et juridique des citoyens (sur-médiatisation, sur-dramatisation et sur-pénalisation des incivilités routières, fiscales, électorales, religieuses, addictives…).
Quelles que soient les nouvelles thématiques républicaines implantées et sulfureusemen injectées dans le mental des citoyens déjà fortement décérébrés par deux siècles de guerre et de maltraitances impériales, le centre de gravité de ces nouvelles méthodes de guerre cognitive anti-civique est en train de se repositionner sur l'orchestration millimétrique d'une hyper-subjectivité coupable et fragmentaire axée sur certains thèmes « extrêmes », intentionnellement « exponentialisés » et choisis par l'Etat et sur une bêtification culturelle désinformante et désymbolisante très large orchestrée sur le reste des connaissances populaires.
Ainsi, en s'appuyant perversement sur les bases obsessionnalisées, sur-dramatisées et sur-médiatisées de quelques schizophrènes-pédophiles, de quelques dizaines de psychotiques-violeurs, de quelques dizaines de terroristes (d'ailleurs souvent d’Etat), de quelques mil1iers de citoyens (débi1es sur le plan de leur intelligence symbolique) affiliés à des « loges maçonniques noires » et à des sectes ridicules et de quelques centaines de casseurs-incendieurs de véhicules pourtant déjà largement et finement fichés par les différents services de renseignement anti-civique de la police, de l'armée et des administrations d'Etat, les gouvernements des démocraties autoritaires occidentales arrivent actuellement à régler méta-fascistement, comme une horloge suisse, le planning secret des thèmes idéologico-culturels à fort coefficient de culpabilité civique de masse et le timing secret des protocoles topographico-psychotiques d'hétéronomisation culturelle et identitaire avancée des citoyens à… l'Etat (de plus en plus ouvertement et illégitimement autoritaire).
D'ailleurs, on pourrait parodier créativement ces nouvelles techniques impériales de dépersonnalisation par la jolie phrase didactique suivante : « les citoyens actuels sont en train de vivre dans l'incertitude de leur nom propre et sont en train de mourir dans l'effondrement indolore de leur identité symbolique... », afin d’appuyer sur le fait que les récentes pratiques gouvernementales et institutionnelles d'usinage de l’intériorité privative et cognitive du soi des citoyens aux fins de domestication politique de masse, correspondent à un immense et très secret processus menticidaire collectif dans lequel les citoyens sont dressés à organiser inconsciemment contre eux-mêmes la guerre à l’intérieur de leur Self et la destruction systématique de leur for intérieur (notamment de leur libre-arbitre électoral…).
Ainsi, en seulement deux ou trois décennies, nous sommes passés d'une version embryonnaire des régimes constitutionnels traditionnellement ancrés dans les spectres des violences intra- nationales et internationales (guerres mondiales, fascismes, collaborationnismes, militaro-étatismes, colonialismes, contre-révolutions anti-civiques...) à une toute nouvelle version méta-fasciste et pseudo-constitutionnelle des univers impérialo-fédéraux et impérialo-communautaires. Cette version novatrice se fonde ainsi sur l'usinage technologique de la conscience de Soi et de l'estime de Soi des citoyens (par les sports par procuration, par les jeux vidéo, par la désinformation de masse, par la popularisation des technologies numériques...) dont la logistique dépersonnalisante repose sur de savantes et très sulfureuses prescriptions de jeux collectifs sous toutes ses formes, sur des réifications pulsionnelles et identitaires de masse (par exemple, transformation et canalisation de la pulsion électorale en comportements électoraux, transformation de l'archaïque pulsion de meurtre inhérente à chaque citoyen en comportements guerriers...), sur des dédialectisations cognitives de masse, sur des processus de désymbolisation collective très raffinés et sur des poly-addictions neurochimiques institutionnellement prescrites.
Ces nouvelles idéologies d’Etats implantées autoritairement dans les représentations mentales des citoyens sont donc principalement concentrées autour du mixage savant (mais aussi autour de l'alternance opportune dans les périodes pré-électorales) de deux axes thématiques hyper-médiatisés - mais contradictoires -, dont l'un sera sur-culpabi1isant et dont l'autre sera sur-anesthésiant pour les citoyens :
L'axe sur-culpabilisant sera structuré autour des thèmes sur-amplifiés et sur-médiatisés de l'insécurité intra-nationale, des différentes violences collectives (banlieusardes, académiques...) et des pseudo-incivilités commises par l'ensemble des citoyens (routières, syndicales, fiscales, électorales, associatives, religieuses...) ;
L'axe sur-anesthésiant, parallèlement, pour agrémenter encore plus heuristiquement cette confusion culturelle et identitaire du peuple, sera usiné savamment par la ventilation médiatique large et sur-cadencée des merveilleuses idéologies « light » (de sur-légitimation étatique et pré-impériale) des sports de masse, des jeux collectifs (boursiers, numériques, culturels...), des compétitions césaristes réservées restrictivement aux élites, des nouvelles mythologies contemporaines issues de l'intelligence technologique et issues de la recherche militaire (recherches militaro-nucléaires, recherches militaro-spatiales, recherches militaro-bactériologiques, recherches militaro-virales, recherches militaro-cognitives, recherches militaires sur la cognition des ordinateurs et sur les langages-machines...) et des récentes opérations militaro-humanitaires et schizo-altruistes, générées par le nouveau pacte pro-consulaire euro-américain.
Ces mécanismes hétéro-subjectifs d'implantations-phallicisations manipulatoires permettent ainsi à certains grands Etats-voyous occidentaux contemporains de faire intérioriser, mondialement et sans trop de heurts, le nouvel arsenal idéologique hyper-paternaliste, néo-colonialiste et hyper-furtif de l'Ordre Nouveau Américano-européen en phase de mondialisation circulaire, fondé sur les valeurs schizocratiques et cataclysmiques de l'occidentalisation obligatoire du monde, de la transnationalisation pro-occidentale des économies de la planète, de la globalisation pro-occidentale des marchés mondiaux, des militaro-développementismes, des nucléaro-développementismes planétaires...
De plus, ce processus très puissant de manipulation idéologique occidentale permet aussi, d'une manière particulièrement efficace, d'appuyer la difficile pérennisation transgénérationnelle de ces quelques régimes pseudo-démocratiques à fortes tendances impériales de moins en moins crédibles sur les plans démocratiques et constitutionnels et de moins en moins légitimes sur les plans narcissiques et sanitaires des citoyens.
Ces faux Selfs d’Etat implantés furtivement dans la subjectivité des citoyens par certaines grandes institutions d'Etats (pédagogiques, médiatiques, culturelles, ministérielles...) sont de ce fait les nouveaux opiums et les nouveaux lubrifiants d'une « certaine socialité ortho-technocratique étatiquement correcte » qui servent puissamment à instiller dans les citoyennetés technocratiques une inconscience de classe et depuis peu une inconscience de masse. Dans le même sens, ces implants idéologiques servent aussi à masquer et à diluer des luttes de classes toujours plus vives, des souffrances narcissiques et sanitaires mondiales de plus en plus caricaturales et surtout, un tout nouveau national-mondialisme de plus en plus médusant pour les peuples (mais juteux pour les élites...).
Dans l’ambiance funeste, voire funéraire de ces nouvelles couveuses étatiques dépersonnalisantes (et de plus en plus, dans l’ambiance fratricide et délétère en phase de fascisation mondialitaire de nos futures ex-républiques occidentales) où les pères-gouvernants pervers-psychotiques et souvent pervers-schizophrènes tirent secrètement les ficelles (d'ailleurs en miroir mimétique de leurs propres pères familiaux - dans leur œdipe individuel - qui ont souvent les mêmes structures psychopathologiques), les techno-citoyens vont développer une sur-identification étatiquement triomphante sur 1e mode schizoïde et projectif du « on dépersonnalisé » et du « nous massifié » (« Nous sommes de bons électeurs », « nous sommes de bons contribuables », « nous sommes de bons soldats », « nous sommes de bons consommateurs », « nous sommes des citoyens modèles », etc.), tout en gommant quasi intégralement l'autonomie de leur Self et l'utilisation de leur sensibilité symbolique. Perdant leurs possibilités d'insight critique(qui d’ailleurs serait vite « explosif !) grâce au pouvoir narcotique et anesthésiant de ces nouvelles idéologies étatiques, les citoyens actuels sont en train de se massifier mentalement en réifiant socialement leur personnalité profonde et en se repersonnalisant superficiellement et facticement dans une identité de masse, constituant ainsi idéalement une gigantesque armée de pseudo-citoyens décérébrés et sur-agentisés à l’Etat.
Actuellement, dans la plupart de nos technocraties occidentales, ce nouveau type de citoyenneté végétative et massifiée, instructurée par des serfs-citoyens dépersonnalisés, hyper-coupables, dociles, dégagés de toutes responsabilités morales et éthiques et parfaitement domestiqués, est en train d’apparaître aujourd’hui massivement. Cliniquement, ces sous-citoyens contemporains ont caricaturalement la spécificité de développer une cognition dédialectisée très morbide faite en surface d'une sur-conscience moïque de façade programmée pour un set de rôles « républicains » prescrits, rigidifiés et faite en profondeur, dans leur structure narcissique, d'une sous-conscience symbolique chaotique et embryonnaire, restrictivement concentrée sur les quelques îlots identitaires autorisés par la « Symbolisation d'Etat » ...
Dans cette logique impériale de « Réification Cognitive Nationale, Républicaine et Patriotique », les citoyens vont chercher intuitivement à se dé-psychotiser inlassablement grâce aux moyens collectifs (addictifs, sportifs, patriotiques, martiaux, télé-visuels, pornographiques...), mis à leur disposition (par l'Etat...), afin de nourrir leurs faux Selfs implantés qui ne sont rien d'autre que des prothèses symboliques factices, étrangères à leur vrai personnalité. Ils vont s'agglutiner ainsi magnétiquement, pulsionnellement et répétitivement dans des stades, dans des concerts, dans des partis politiques, dans des structures associatives ridicules, dans des institutions d’Etat incongrues ou encore dans d'immenses meetings (pas toujours festifs...), pour essayer de se rassurer en essayant de ressentir lancinamment et obsessionnellement un vrai-faux self (ou une vrai-fausse identité symbolique) et un vrai-faux relief narcissique intérieur forcément irrégulable, forcément non conscientisable, forcément étranger et surtout forcément… inaccessible !
L’analyse des rouages de ces implants idéologiques de masse permet aussi de mettre en visibilité démocratique le non-dit, le non-montré, le non-vu, et le non-pensé d'un nouveau système mondial post-étatique et pré-impérial de domination charismatique sur les peuples, beaucoup moins brutal cliniquement mais beaucoup plus abjecte humainement, instrumentalisé par une contrainte institutionnelle peu discernable et souvent furtive dont la ruse principale tient à sa capacité de se présenter comme légitime, démocratique, voire même humaniste !
Cependant, nous savons heureusement que, sur le plan transhistorique, des masses civiques soudées artificiellement par des prothèses psycho-idéologiques et neuro-idéologiques qui servent de faux sois et de faux selfs au(x) peuple(s), finissent toujours par se désarticuler systématiquement dans des crises monstrueuses de décivilisation... La sur-puissance idéologique des Etats qui sur-utilisent actuellement ces processus schizoïdes d'implantations identitaires factices et délétères dans les citoyens n'est donc qu'un leurre temporaire et l'usinage méthodique du vide narcissique et du pseudo-narcissisme des sous-citoyens par ces pouponnières institutionnelles pré-impériales, ne fait donc que préfigurer les prodromes d'une future crise cognitive mondiale qui pourrait déstabiliser définitivement la plupart des pouvoirs étatiques fédéraux qui sévissent sous leurs formes politiques actuelles.
Au total, ces faux selfs et ces prothèses neuro-idéologiques vont surmultiplier la détresse psychologique des masses déjà fortement induite par ces processus étatiques de castration en imposant un « prêt à sentir d'Etat » et bientôt « un prêt à sentir fédéral » qui aura comme conséquence pour l'ensemble des citoyens des technocraties occidentales, un arrêt mortifère de l’ensemble de leurs processus vitaux de symbolisation (qui devraient être fondés normalement - si l’environnement gouvernemental était sain et démocratique - sur les régulations dialectiques, conscientes et harmonieuses de leurs pulsions de vie et de mort, de leurs mécanismes de défense et de résilience et sur l’équilibration bien tempérée de leur moi de surface et de leurs Self en profondeur).


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